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Histoire de Pologne

La Pologne est située sur la route de l'ambre, qui depuis l'époque préhistorique relie la Baltique à l'Europe occidentale et méditerranéenne. Elle est occupée, vers le début de l'ère chrétienne, par des populations slaves, qui s'individualisent vers le IXe siècle sous le nom de "Polanes".

Les Piast entrent dans l'histoire polonaise en 966, lorsque le duc Mieszko Ier prête hommage à l'empereur Otton Ier et se convertit au christianisme latin. Fondateur de la dynastie des Piast, il parvient à unifier sous son autorité les territoires qui s'étendent de la Baltique à Cracovie et à la Silésie. Boleslas Ier le Vaillant (992-1025) conquiert le territoire des Vislanes et Cracovie, puis s'oppose à l'empereur Henri II. Par la paix de Bautzen (1018 ), il obtient la Lusace et la Misnie. En 1024, le pape lui confère la dignité royale. Mais, après sa mort, la Pologne connaît une période de déclin. L'assassinat de Stanislas, évêque de Cracovie, perpétré sur l'ordre du roi Boleslas II, ruine durablement le prestige de la dynastie des Piast, et, à la mort de Boleslas III (1102-1138), le royaume est partagé entre ses quatre fils. Au cours du XIIIe siècle, la Pologne se divise en de multiples duchés dont les rivalités favorisent la pénétration des chevaliers Teutoniques en Poméranie et la réussite du raid mongol de 1241. Fort du soutien de l'Église, Venceslas II de Bohême s'empare du trône en 1300. Néanmoins Ladislas le Bref (1306-1333) rétablit l'unité du royaume en se faisant couronner roi à Cracovie (1320). La dynastie des Piast connaît un ultime épisode de gloire avec le règne de Casimir III le Grand (1333-1370). Fondateur de l'université de Cracovie (1364 ), il impose son autorité à la Mazovie, conquiert la Galicie et, à l'est, prend le contrôle de la Podolie et de la Ruthénie. Son successeur et neveu, le roi de Hongrie Louis d'Anjou (1370-1382), est contraint d'accorder d'importants privilèges à la noblesse (diète de Kosice).

Pour parer à la menace lituanienne, la fille de Louis d'Anjou, Hedwige, épouse le grand-duc de Lituanie, Jagellon, qui, baptisé sous le nom de Ladislas II, est couronné à Cracovie en 1386. En 1410, Ladislas Jagellon écarte la menace germanique en battant les chevaliers Teutoniques à Grunwald (Tannenberg ). Son fils, Ladislas III (1434-1444), se lance dans une croisade funeste contre les Turcs, qui s'achève par la victoire de ces derniers à Varna (1444). C'est Casimir IV (1445-1492) qui, au terme d'une longue guerre (1454-1466), repousse définitivement l'ordre des chevaliers Teutoniques et s'empare de Gdansk.

À la fin du Moyen Age, la Pologne est sans doute la plus grande puissance européenne. Elle est aussi un refuge pour les juifs persécutés en Occident. Mais l'affaiblissement des grands seigneurs, les magnats, s'accompagne de l'essor de la szlachta (petite noblesse), qui obtient d'importants privilèges en contrepartie de son soutien à la prestigieuse politique extérieure des Jagellons. En 1493, la diète de Piotrków impose ainsi à Jean Ier Albert (1492-1501) ce qu'on a parfois appelé la " république nobiliaire de Pologne ". Le lent déclin de l'autorité royale sous les derniers Jagellons, Alexandre Ier (1501-1506), Sigismond Ier (1506-1548) et Sigismond II Auguste (1548-1572), coïncide avec la montée de la bourgeoisie et l'apogée culturel du pays (Nicolas Copernic , Klemens Janicki , Mikolaj Rej , Jan Kochanowski ). Au XVIe siècle, la Pologne élargit encore son territoire en annexant la Livonie et la Courlande. L'Union de Lublin (1569 ) consacre enfin la fusion des royaumes de Pologne et de Lituanie, qui n'étaient jusqu'alors liés que par la personne de leur souverain commun.

À la mort du dernier Jagellon, la monarchie devient élective. Le premier roi élu est Henri de Valois (1573-1574), le futur roi de France Henri III. Son successeur Étienne Báthory (1576-1586) repousse la menace et rétablit l'autorité royale. Mais après lui, Sigismond III Vasa (1587-1632), qui est un Jagellon par sa mère, et Ladislas IV Vasa (1632-1648) ruinent ses efforts en brisant la paix religieuse par l'introduction de la Contre-Réforme. En 1652, la règle du liberum veto, selon laquelle un seul membre de la diète peut s'opposer à une décision royale, achève de désorganiser le pays. En 1654, Cosaques , Russes, Suédois et Tatars envahissent la Pologne. Les villes sont pillées, les campagnes ravagées par la famine et la peste, le pouvoir royal anéanti. Jean III Sobieski (1673-1696) devient l'âme de la résistance polonaise. Il bat les Turcs à Khotin (1673), à Zurawno (1676) et enfin à Kahlenberg (1683), délivrant Vienne assiégée. Mais, en dépit de ses succès, il ne parvient pas à restaurer le royaume polonais.

Objet de toutes les convoitises, la Pologne se voit alors imposer comme roi l'électeur de Saxe, qui règne sous le nom d'Auguste II (1697-1733) avec le soutien des Russes, tandis que Charles XII de Suède essaie de faire valoir son candidat, Stanislas Leszczynski (1704-1709). La victoire de Poltava (1709 ) raffermit l'autorité d'Auguste II. Après le renoncement définitif de Stanislas Leszczynski au trône de Pologne, auquel il a été réélu (1733-1738), le fils d'Auguste II, Auguste III (1733-1763), maintient l'alliance avec la Russie. A sa mort, l'impératrice Catherine II fait élire Stanislas Poniatowski (1764-1795).

La noblesse polonaise, réunie dans la confédération de Bar (1768 ), tente de renverser Stanislas Poniatowski. Pour rétablir l'ordre, Frédéric II de Prusse occupe alors une partie de la Pologne et fait prévaloir auprès de Catherine II et de Marie-Thérèse d'Autriche l'idée du partage de la Pologne. En 1772 , il s'attribue les provinces du Nord-est, l'Autriche annexe la Galicie et une partie de la Podolie, tandis que la Russie absorbe la Lituanie et étend son protectorat sur ce qui reste de la Pologne.

À partir de 1775 se constitue un puissant courant nationaliste, qui domine la Grande Diète de 1788 à 1792.

La Constitution de 1791, qui fait de la Pologne une monarchie constitutionnelle, héréditaire, est aussitôt désapprouvée par les Russes, qui trouvent un appui dans la noblesse groupée au sein de la confédération de Targowica. Les armées du tsar, puis celles du roi de Prusse, envahissent le pays. La diète de Grodno, en 1793 , entérine le deuxième partage de la Pologne. L'officier patriote Tadeusz Kosciuszko prend alors la tête d'une insurrection, qui s'achève sur la défaite de Maciejowice le 10 octobre 1794. Le roi Stanislas est contraint d'abdiquer et, en 1794 , le troisième partage entre la Russie, la Prusse et l'Autriche entérine la disparition de l'État polonais.

Dispersés à travers l'Europe, les exilés polonais sont nombreux à se battre dans les armées napoléoniennes. La création du grand-duché de Varsovie (1807) fait renaître les espoirs des patriotes polonais, mais le régime mis en place par Napoléon Ier contrôle étroitement toute l'activité politique. À la chute de l'Empire français, le congrès de Vienne (1815 ) établit un quatrième partage. Outre la petite république autonome de Cracovie, qui reste sous la dépendance étroite de l'Autriche, il est constitué un royaume de Pologne, de dimensions réduites, dont le souverain est le tsar de Russie, mais qui jouit d'abord d'une Constitution assez libérale. Dans les provinces polonaises qu'ils ont annexées, Prussiens et Russes établissent par la suite une politique autoritaire et répressive, et favorisent par ailleurs l'installation parfois massive de colons allemands ou russes. Seule la Galicie bénéficie d'une certaine autonomie dans le cadre de l'Empire austro-hongrois.

En dépit d'une succession d'échecs (révolution de 1830, insurrections de 1846, 1848, 1863, 1905), le mouvement nationaliste polonais, porté par le romantisme, et connu au-dehors par l'émigration des artistes et des intellectuels (Adam Mickiewicz , Frédéric Chopin ), ne cesse de s'amplifier. À la fin du XIXe siècle, l'industrialisation assure indirectement sa diffusion dans les milieux populaires.

Chef de l'insurrection de Varsovie en 1905, Józef Pilsudski constitue, au début de la Première Guerre mondiale, la Légion polonaise, qui se bat aux côtés des Austro-Hongrois contre les Russes, tandis que Durowski et Ignacy Paderewski , chefs du Comité national installé à Paris, organisent un corps de volontaires qui prennent part aux combats avec les Alliés. Profitant de la défaite de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, Pilsudski devient en 1918 le chef du gouvernement provisoire. Rétablie dans ses droits par le traité de Versailles , la Pologne reste toutefois politiquement très fragile. Les territoires évacués par les Allemands étant systématiquement occupés par l'Armée rouge, Pilsudski, avec l'aide du général français Maxime Weygand , conduit la lutte contre les Soviétiques . Après la victoire des Polonais sur les Russes à Torun, l'armistice de Riga (1920 ) fixe les frontières de l'Est à 200 km au-delà de la rivière Bug . Au lendemain des élections législatives de 1922, Pilsudski refuse la présidence de la République. Quatre ans plus tard, il organise un coup d'État qui lui assure les pleins pouvoirs. En 1930, il dissout le Parlement et, à sa mort en 1935, le général Edward Rydz-Rmigly prend sa succession à la tête de la dictature.

Envahie sans déclaration de guerre par les troupes allemandes le 1er septembre 1939 , puis par les troupes soviétiques à partir du 17 septembre, la Pologne est partagée entre l'Allemagne et l'URSS, tandis que, sous l'égide du général Wladyslav Sikorski, un gouvernement en exil se constitue à Londres. Les Soviétiques se livrent à des épurations massives (charnier de Katyn, en Russie, témoignant de l'exécution de 4 500 officiers polonais) et les Allemands instaurent un implacable régime de terreur. On comptera, à la fin de la guerre, près de 6 millions de morts, dont 3 millions de juifs (soit la quasi-totalité de la population juive) exterminés notamment dans les camps d'Auschwitz-Birkenau(Oswiecim-Brzezinka ), Majdanek et Treblinka. L'insurrection du "ghetto" de Varsovie (avril-mai 1943) est le plus spectaculaire acte de révolte contre cette politique. La résistance polonaise est partagée entre deux tendances : l'une, représentée à Londres, antinazie et antisoviétique, est écrasée par les Allemands lors de l'insurrection de Varsovie (1er août-2 octobre 1944), sans que les troupes soviétiques, pourtant à proximité, cherchent à intervenir ; l'autre, résolument communiste, constitue à Lublin un gouvernement provisoire en janvier 1945.
La conférence de Yalta et de Potsdam fixent les frontières de la Pologne contemporaine, suivant la ligne Curzon à l'est et la ligne Oder-Neisse à l'ouest. L'Ukraine et la Biélorussie restent soviétiques, mais la Pologne récupère la Silésie, la Poméranie et la Mazurie.

En 1947, le Bloc démocratique succède au gouvernement d'union nationale. Le parti ouvrier et le parti socialiste fusionnent pour former le POUP (parti ouvrier unifié polonais) sous l'égide de Wladyslaw Gomulka, bientôt écarté du pouvoir. Boleslaw Bierut sera le premier secrétaire général du nouveau parti ouvrier unifié. L'influence de l'URSS est définitivement établie quand le maréchal soviétique Konstantine Rokossovski est nommé ministre de la Guerre (1949). En 1952 , est proclamée la Constitution de la République populaire de Pologne. La politique antireligieuse du gouvernement ainsi que les difficultés économiques suscitent un vif mécontentement. En 1956, après les émeutes de Poznan, la réhabilitation de Gomulka s'accompagne de mesures de libéralisation. Cependant, dès 1964, l'attitude des dirigeants polonais se durcit à nouveau ; alerté par les mutations qui touchent la Tchécoslovaquie sous l'influence d'Alexander Dubcek, Gomulka participe à la répression du "printemps de Prague" en 1968. La crise économique (inflation de 30 %) provoque un vaste mouvement de grèves (Gdansk , Sopot, Gdynia) en 1970. Gomulka est remplacé par Edward Gierek. Les élections législatives de 1972 constituent alors un succès pour la nouvelle équipe dirigeante, qui se lance dans un ambitieux programme d'expansion industrielle. En 1976, l'inflation atteint un taux de 60 %, les grèves paralysent le pays et des émeutes éclatent à Radom. Le gouvernement réussit à faire face à la crise sociale, mais ses innovations ne suffisent pas pour arrêter la détérioration de la situation économique.

En dépit du renforcement de l'équipe Gierek lors du VIIIe congrès du parti ouvrier unifié, en 1980, l'écart entre les instances politiques et le mouvement populaire tend à s'aggraver. Dès le mois d'août, une série de grèves mettent en lumière l'émergence d'une nouvelle force sociale, le syndicat indépendant Solidarité (Solidarnosc). Les grèves conduites par Solidarité semblent dans un premier temps aboutir à un succès. Les accords de Gdannsk, signés en août 1981, permettent l'existence légale de syndicats indépendants, et garantissent en théorie le droit de grève et le droit à l'information. La situation économique, cependant, se dégrade et, plus grave encore pour les dirigeants, les syndicalistes poussent plus loin leurs revendications en demandant l'autogestion des pays de l'Est.

Aussi le parti communiste (POUP) réagit-il en faisant démissionner Gierek et en plaçant à la tête de l'État le général Woiciech Jaruzelski, lequel, à la tête d'un Conseil militaire de salut national, instaure en décembre 1981 l'état de guerre, s'attribue les pleins pouvoirs, dissout le syndicat Solidarité et fait interner 6 000 personnes, dont ses principaux dirigeants, ainsi que Gierek, accusé d'avoir conduit le pays à la catastrophe.

En dépit de la levée de l'état de guerre en 1983, due pour une part aux protestations internationales (la même année, le prix Nobel de la paix est attribué à l'un des leaders des grèves de 1980, Lech Walesa ), Solidarité, réduit à la clandestinité, voit son efficacité fortement réduite et perd de son influence. La situation du gouvernement, cependant, n'est guère meilleure. La situation économique s'est encore dégradée, en raison, entre autres, de la résistance passive de la population et des sanctions internationales, qui demeurent toutefois limitées. Politiquement, c'est principalement l'Église catholique avec le cardinal Wyszynski et le pape Jean-Paul II, premier pape polonais, élu en 1978, muée en force politique, qui fait échouer le processus de normalisation en soutenant activement l'opposition syndicale clandestine.

Ayant perdu une grande partie de son influence, le syndicat Solidarité parvient, à la suite d'une grève qu'il n'a pourtant pas déclenchée, en 1988, à s'ériger en interlocuteur principal du gouvernement. Ce dernier se trouve contraint, en 1989, à pratiquer la première brèche notable dans l'ensemble du bloc de l'Est, en permettant l'élection d'un Parlement composé de 35% de députés non membres du parti unique. Solidarité remporte massivement le scrutin et l'un de ses membres, Tadeusz Mazowiecki, est nommé Premier ministre, alors que le général Jaruzelski est élu à la présidence par le Parlement.

Dès l'accession au pouvoir du syndicat Solidarité, ce dernier, cependant, se fractionne en deux courants principaux. Derrière Tadeusz Mazowiecki, un courant proche du libéralisme occidental s'oppose au courant plus populiste dominé par Lech Walesa. En 1990, la première élection présidentielle au suffrage universel permet à ce dernier d'accéder à la présidence de la République, dans une Pologne démocratique, en battant le candidat Mazowiecki et Stan Tyminski, l'homme qui a surgi de nulle part.

Durant son mandat, Lech Walesa doit cependant faire face à de nouvelles difficultés. Sortant de trois décennies de communisme, et plus récemment d'une grave crise économique, la Pologne amorce une difficile transition vers l'économie de marché. Malgré de bons résultats, la situation sociale est difficile. De plus, le scrutin proportionnel intégral, employé pour les élections législatives de 1991, a pour conséquence un émiettement de la représentation parlementaire qui oblige le gouvernement à toutes sortes de compromis. En septembre 1993 les derniers soldats russes basés en Pologne quittent le territoire. Après la chute du gouvernement de Hanna Suchocka, Walesa provoque des élections législatives anticipées qui portent au pouvoir les ex-communistes, lesquels remportent également l'élection présidentielle de novembre 1995, avec la victoire d'Aleksander Kwasniewski.

Mais en janvier 1996, le Premier ministre Jozef Oleksy, accusé d'espionnage au profit des Russes dans les années 80, est contraint à la démission. Il est remplacé par Wlodzimierz Cimoszewicz. En septembre 1997, les législatives voient la victoire de la coalition de droite (Solidarité et Union pour la Liberté) : Jerzy Buzek devient Premier ministre. Le 8 janvier 1998 le Concordat, signé avec le Vatican en juillet 1993, est ratifié par la Diète. Tandis que se poursuivent activement les négociations pour l'adhésion du pays à l'Union européenne (ce qui a imposé dès 1998 un nouveau régime de visas pour les Russes et les Biélorusses), la Pologne entre dans l'OTAN le 12 mars 1999.
La carte la plus récente de l'histoire de la Pologne vient d'être écrite avec son entrée, le premier mai 2004 dans la Communauté Economique Européenne.



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